Cinéclub

La cité de la peur, réalisé par Alain Berbérian, FRA, 1994 Vo

La cité de la peur, réalisé par Alain Berbérian, FRA, 1994 Vo

Mardi 1er octobre, 16h10, Aula

En deux lignes :

Lors du Festival de Cannes, Odile Deray, attachée de presse, instrumentalise une série de meurtres de projectionnistes pour promouvoir un film bis, ‘Red is dead’.

 

 

Et en un peu plus :

As-tu vu le film de Berbérian ?

C’est pas Polanski, Lynch ou Dolan.

C’est juste un film pour se marrer

Et c’est même pas

Si nul que ça.

 

C’est ni Godard ni Kurosawa,

Tarkovski, Fritz Lang ou bien Capra.

Quand t’as lancé cette péloche

Mon vieux vaut mieux

Que tu t’accroches.

 

{refrain :}

Youri,

Dans La cité de la joie,

Youri,

T’aurais l’aire de quoi ?

Youri,

Dans Le salaire de la peur,

Crois pas que tu serais taillé pour jouer

L’camionneur.

 

Chabat Lauby et pis Farrugia

C’est pas Delon Deneuve ou Sinatra

Mais c’est beaucoup mieux que ça

C’est pas si nul, ou pt’être que si

Circulaire

 

Faisez gaffe à vos zygomatiques

La clique en toc toque à la porte
automatique

Ma vieille pas b’soin d’s’mettre à la vielle

Car tu danseras

La carioca

 

{refrain :}

Youri,

Dans La cité de la joie,

Youri,

T’aurais l’aire de quoi ?

Youri,

Dans Le salaire de la peur,

Crois pas que tu serais taillé pour jouer

L’camionneur.

Présentation de la saison 2019-2020

« Ça va couper, chérie ! »

 

« Le combat est père de tout, roi de tout. Les uns, il les produit comme des dieux, les autres comme des hommes. Il rend les uns esclaves, les autres libres. »

Héraclite, fragment 8 (DK), trad. Yves Battistini

 

« Ça va couper, chérie ! » Voilà qui n’augure rien de bon, pour les vieux briscards. On est au téléphone, on vaque à ses occupations, bref ! on est englué dans le quotidien et voilà que surgit un fâcheux qui n’a pas sa faucille dans sa poche. C’est tuant.

 

Sans qu’il faille pour autant aller à Cannes, c’est à une coupure dans votre quotidien que Fenêtre sur cour, le cinéclub de Gambach, vous convie le mardi ou le jeudi, pour sa seconde saison placée sous l’égide des projectionnistes, des enquêteurs miteux et des ingénieurs-pianistes.

 

« Ça va couper, chérie ! » Que coupe-t-on, d’ailleurs ? La plupart du temps, la parole, bien sûr, parce qu’il s’agit de faire valoir son point de vue, de sauver la face ou de placer un bon mot qui ne saurait attendre. Qu’on soit en démocratie, en classe, au bistrot ou en couple, il serait imprudent d’avoir le dessous rhétoriquement.

 

Il n’y a toutefois pas que la langue qui soit à double tranchant. Poignard et wakizashi rutilent, dans l’espérance d’un fourreau. Et encore est-on bien content de ne pas avoir qu’un bambou émoussé sous la main ! « Ça va couper, chérie ! » frissonne-t-on d’angoisse avant que ne jaillisse sur l’écran le pourpre ou le noir du sang.

 

Et puis, en sus de la parole et du sang qui font partie intégrante de la vie, au cinéma, c’est l’image que l’on coupe. Il y a, d’une part, le director’s cut qui fait resurgir dans notre salon ce qui est jugé malséant en salle. Mais il y a surtout (fatalité faite art !) que la caméra coupe le monde en deux : la fenêtre du champ et la marge infinie du hors-champ. Ce hors-champ où traîne encore notre oreille alors que l’on emporte notre œil ailleurs. Cette terra incognita où se tapit notre imagination, d’où jaillissent des mainates, où tout se passe, parfois. Là où « ça va couper, chérie ! »

 

Pour nous accompagner sur la Croisette, dans les abysses du camp, aux entrées de service, dans les rues de Rome et sur le tatami fatal, cinq coupables. Leur époque, leur culture, leurs préoccupations diffèrent, mais tous sont incisifs à leur manière. S’y ajoutera, pour ne pas couper notre élan, un sixième comparse de votre choix, offrant sa lecture du funeste avertissement.

 

Chers élèves, chers collègues, chers collaborateurs, nous nous réjouissons de regarder, de ressentir et de tailler une bavette avec vous.

Pour le cinéclub,

 

Olivier Vonlanthen & Matthieu Troillet