Cinéclub

John Carpenter: They Live. USA, 1988, E/d/f

John Carpenter: They Live. USA, 1988, E/d/f

Mardi 9 octobre, 16h10, Aula

En deux lignes :

John erre à travers Los Angeles. Il obtient une paire de lunettes qui lui permet de voir le monde tel qu’il est : entièrement contrôlé par des aliens.

 

 

Et en un peu plus :

They Live, mais qui donc ? 

John Nada, d’abord. Personnage principal du film au prénom stéréotypé, anonyme, et au nom qui veut tout dire, ou plutôt rien, nada. C’est que John est une idée, un concept. Il n’est rien – sans origine, sans passé, sans famille – n’a rien – ni maison, ni objets – et erre à la recherche d’un emploi dans une banlieue de Los Angeles au bord de la rupture. Il est la misère incarnée, il est ce « rien » que la société tend au mieux à mettre au ban du monde, au pire à écraser de son pouce ou de ses mots – un moins que rien, un bon à rien. Il est le chômage, la pauvreté, la marginalité, la solitude. Il est ceux que l’on cache parfois, souvent, pour faire semblant que tout va bien ; il est aussi anti système, un peu malgré lui. Nada ! John n’en restera pas là. 

Car si John Nada vit encore un peu ou presque, il y a les autres aussi, et c’est là que ça se corse. « Eux » qui exposent leur vie sans poussière, sans accrocs, faites de tours en verre immaculées, de vacances au soleil et de pause-café entre deux lunchs, « eux » qu’un attaché-case accroche immédiatement au monde de ceux qui ont réussi, mais « eux » qui semblent aussi soudain, aux yeux de John, condenser l’horreur du monde moderne et des rapports de domination insidieux qui le sous-tendent. Aux yeux de John, oui, car seules des lunettes mystérieuses trouvées par hasard dans une église lui permettront de percevoir, au sens propre, la réalité sous les apparences, la vérité sous l’artifice, la magouille idéologique sous le vernis du réel. Comment s’y prendre, lorsqu’on n’est rien comme John Nada, pour lutter contre cette menace sous-jacente ? Que faire face à eux qui contrôlent la marche du monde, et manipulent le réel à leur profit ?

L’autre John, Carpenter cette fois-ci, propose avec They Live une réponse cinématographique à ces questions. Une réponse sous forme de brûlot politique enragé au charme délicieusement eighties, fausse série B de science-fiction qui dissimule, sous une batterie de coupes mulet incroyablement désuètes, des enjeux intemporels pour nos sociétés dans lesquelles liberté et asservissement idéologique s’entremêlent à tel point que la limite entre l’une et l’autre devient parfois difficile à identifier. John Carpenter, dans ce coup de gueule adressé en son temps à la politique ultra-libérale de Ronald Reagan, oblige ses spectateurs à porter des lunettes dévoilant le réel, un réel qui fait mal. N’est-ce pas là une façon idéale de commencer une saison de ciné-club placée sous le signe d’un voile…à soulever ?

Saison 2018-2019 - Levons le voile

Saison 2018-2019 - Levons le voile

Levons le voile. Quelle proposition se cache derrière ces trois mots ? Celle d’un geste à faire, probablement. Mais geste de quoi ? Geste de découverte, au sens propre du terme. Lever le voile, c’est tenter d’y voir plus clair. C’est travailler à soulever la réalité pour chercher ce qui se terre au-dessous de ce qui nous est donné à voir et trouver un autre univers, peut-être. C’est faire éclater quelque chose, la vérité souvent, le mensonge parfois. C’est aller et venir entre le dedans et dehors, le montré et le caché, les apparences et ce qu’elles dissimulent, ou protègent. C’est aller au-delà des stéréotypes et préjugés qui médiatisent notre rapport au monde et en atténuent les nuances, parfois dangereusement. C’est effeuiller le réel et ses couches superposées, démêler le vrai du faux, risquer l’arrière du miroir, ses beautés et ses violences. C’est faire enfin ce geste fondamental, du regard sûrement, de la pensée peut-être, qui consiste à ne pas être dupe du monde en le questionnant sans cesse et en cherchant à voir au-dessous des choses, au travers de leur opacité. Lever le voile, c’est devenir ensemble, humblement, des archéologues du réel, des regardeuses et regardeurs aguerris.

 

C’est à chacun de ces gestes – et à bien d’autres encore, à découvrir – que nous vous proposons de vous prêter à travers les cinq films de cette saison inaugurale du ciné-club de Gambach, nommé Fenêtres sur cour en hommage à l’un des grands maîtres de l’histoire du cinéma : Alfred Hitchcock. Sous le patronage de cette figure tutélaire chez qui tout ou presque est question d’opacité et de transparence, nous avons le plaisir de vous convier dès la rentrée 2018-2019  à « lever le voile » avec nous sur cinq œuvres d’origines, de genres et d’époques variées qui explorent, chacune à leur façon, le rapport que l’humanité entretient avec les apparences, avec ce qui se montre ou se cache dans le cadre d’une dialectique souvent ambiguë où ce qui se voit coïncide rarement avec ce qui est, pour le meilleur et pour le pire. Dans cette perspective où la découverte est maître mot, nous proposons enfin qu’une sixième séance soit organisée autour d’un film proposé et présenté par les élèves, qui auront la tâche à leur tour de lever le voile sur une œuvre dénichée par leur soin, poursuivant le fil rouge thématique initié au cours de la saison.

 

Ouvrons les yeux, regardons ensemble le monde par la fenêtre du cinéma.

 

Pour le ciné-club

 

Matthieu Troillet & Olivier Vonlanthen

 

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Le trailer de la saison 2018-2019